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Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


De l’humanité de l’avocat de la défense

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 5 Novembre 2013, 09:00am

Je plaidais une nouvelle fois devant la Cour d’Assises des Deux-Sèvres il y a peu.

A l’aube des réquisitions du Ministère Public, mon client s’est senti mal. Pompiers, SAMU, évacuation de notre client et report du procès à une audience ultérieure, conformément à la Loi (rapport d'audience par la Nouvelle République http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2013/10/26/Malaises-successifs-aux-assises-le-proces-reporte-sine-die-1664073).

Cet incident m’a donné l’occasion de réfléchir à la perception que se font de la défense beaucoup d’acteurs ou de spectateurs du procès pénal, en particulier aux assises.

Nous avons en effet été interpellés publiquement par l’une des parties civiles, qui en a appelé à notre « humanité », lorsqu’il s’est agi de recueillir notre avis sur une potentielle reprise du procès le lendemain, pour le cas – improbable – où notre client serait remis d’ici-là. Aurions-nous dû - pour plaire à qui ? – accepter, alors que nous n’étions pas disponibles, ni notre client en état? En témoignage de notre « humanité », par charité envers les victimes ?

Lorsque nous nous trouvons sur le banc de la défense, nous avons parfois l’impression d’être en fait dans le box des accusés.

Souvent, les regards sont lourds, chargés de suspicions aussi prégnantes que celles qui sont nourries à l’encontre de l’accusé lui-même.

Certains jurés nous scrutent, nous dévisagent.

Les parties civiles ont parfois l’œil mauvais et, rarement, menaçant.

Et disons-le franchement, souvent même chez les confrères de la partie civile, nous percevons des signes d’acrimonie, la distanciation et le recul n’étant pas nécessairement les vertus fondamentales de tout avocat.

Le poids de ces regards est difficile à porter et, parfois, je pense qu’une défense conjointe est aussi l’occasion de partager ce fardeau ; on se sent moins seul et accablé lorsque l’on est deux à affronter toute cette hostilité.

Tout l’art de l’avocat de la défense consiste à instiller, à mesure que le procès avance, l’idée que celui qui défend l’accusé ne se confond pas avec son client ; que sa mission est bien supérieure à une simple reprise à son compte d’arguments de défense qui, parfois, dérangent ou choquent.

Toute la difficulté consiste à présenter un discours fait de cohérence juridique, d’humanité et d’équilibre, propre à rassembler autour d’une thèse de défense, qui peut parfaitement se concevoir dans le respect de chacun, des intérêts de l’accusé comme de la détresse des victimes.

Par « rassembler », je n’entends pas « convaincre », mais uniquement faire admettre à tous, y compris les parties civiles, que l’accusé est fondé à présenter sa défense, à partir du moment où cela se fait dans le respect de chacun.

Je m’interroge souvent, lorsque l’hostilité des parties civiles à l’encontre de la défense est paroxystique, allant parfois jusqu’à remettre en cause l’humanité de l’avocat de la défense, ce qui dans mon intervention n’a pas fonctionné, ce qui dans mon approche de la défense a tenu autant à l’écart certains des acteurs majeurs du procès.

Peut-être parfois la douleur, la détresse, le ressentiment, la colère sont-ils plus forts que toute raison ?

Peut-être parfois ne suis-je tout simplement pas capable de « rassembler » car le prisme par lequel j’aborde le dossier n’est pas adapté, pas audible, pas cohérent ou équilibré ?

Je garde en mémoire le souvenir de mon premier procès d’Assises en défense, à l’issue duquel ce père d’une victime de viol collectif, alors que j’avais plaidé l’acquittement de mon client, était venu me serrer la main en saluant « l’humanité » avec laquelle j’avais présenté la défense de cet accusé.

Ou cette sœur d’une victime assassinée qui, après un verdict de culpabilité contre l’accusé dont j’avais hurlé l’innocence avec toute ma force de conviction, m’a témoigné son « admiration » pour l’énergie et la force de conviction que j’avais développées au service de celui à qui l’on reprochait le meurtre atroce de son frère.

Je puise dans ces quelques témoignages l’énergie pour reprendre, après chaque verdict d’assises, le chemin du banc de la défense où je suis de nouveau prêt à affronter tous les regards.

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Lee 29/01/2014 17:50

Merci pour ce commentaire.
Et cette ouverture d'esprit.
Qui manque souvent, et à beaucoup...

eleonore 29/01/2014 11:07

Présidente d'associations j'ai rencontre de nombreux avocats au cours de ma vie, la perception que les acteurs ou spectateurs ont de l'humanite des avocats de la défense varie avec la personnalité de l'avocat, une grande majorite d'entre eux n'ont pas le courage d'affronter ce regard que vous décrivez et prennent fait et cause pour la prétendue victime alors grand merci de ne pas faire partie de cette catégorie. Victimes et accuses ont le droit d'etre defendus de façon efficace d'autant lorsque l'accuse est en fait innocent mais jete en pature a l'opinion public

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