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Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


De l'impossibilité de démontrer la réalité des soins psychologiques

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 16 Février 2014, 12:10pm

Je me suis heurté récemment à l'impossibilité de rapporter la preuve devant une cour d'Assises de la réalité et de l'efficacité de soins psychologiques entamés sincèrement par un accusé.

Je défendais M. M. devant les assises de la Charente Maritime, il était poursuivi pour viols accompagnés de tortures et actes de barbarie.

Les deux experts qui l'avaient vu le jour de sa mise en examen puis trois mois après décrivaient une personnalité psychorigide, intolérante à la frustration, hermétique à la souffrance d'autrui, un pervers narcissique.

L'un comme l'autre, de même que le psychologue qui s'était penché sur son cas au début de l'instruction judiciaire estimaient qu'il serait accessible à des soins, à la condition nécessaire qu'il s'investisse sincèrement, durablement et sans calcul dans une démarche psychothérapeutique.

Deux années se sont écoulées depuis que les experts ont examiné mon client lorsque nous arrivons devant la Cour d'Assises.

Il n'a revu en cours ou en fin d'instruction aucun autre spécialiste, si bien que les seuls éléments de personnalité que peuvent rapporter les trois experts correspondent à ce qu'ils ont constaté deux ans auparavant, à une époque contemporaine des faits commis par mon client.

J'assiste cet homme de 31 ans depuis une année environ et nos nombreux entretiens en maison d'arrêt, ainsi qu'une certaine expérience de ce genre de personnalité me font penser qu'il a sincèrement accepté de se remettre en question et de modifier sa perception des choses et des êtres qui l'entourent.

Seulement, j'ai une conscience aiguë de ce que la Cour d'Assises ne me croira pas sur parole.

Je décide donc de faire citer à la barre des témoins la psychologue qui le suit depuis ces deux années, afin qu'elle puisse expliquer, pourquoi pas convaincre, que sa démarche de soins est sincère et efficace.

Echec.

La psychologue se drape dans sa dignité de professionnelle soumise au secret et ne dira pas un mot des dizaines de séances au cours desquelles mon client a pu trouver des explications à son comportement, des embryons de solution pour le modifier, pour faire la preuve que l'on peut changer en bien, quoi que l'on ait fait...

La Présidente posera bien des questions sur ce travail psychologique à l'accusé, moi aussi, mais celui-ci répondra avec ses mots simples, peu savants, sans poids finalement.

Il ne saura que répondre aux attaques de l'avocat Général qui remet systématiquement en cause la sincérité des démarches de soins entreprises, pour toujours brosser un portrait plus sombre de la personnalité de celui que l'on doit écarter le plus longtemps possible de la société.

Finalement, mon client sera condamné très lourdement, manifestement sans qu'aucun des efforts qu'il a entrepris ne soient portés à son crédit.

La Cour et les jurés auront sans doute gardé gravés dans leurs esprits les termes employés par les experts qui l'ont vu une heure tout au plus, mais qui par le scintillement de leur titre d'expert, leur assurance et leur faconde, auront su disserter sur sa personnalité pendant plus de temps qu'ils ne l'ont vu.

Eux auront pu lui accoler les qualificatifs de barbare, de pervers et j'en passe.

Toutes choses qu'il a été au demeurant.

Mais en réalité, le seul professionnel qui l'ait suivi, accompagné pendant des heures, qui se soit fait le relais de la recherche et de la compréhension de ses démons intimes, lui n'a pas voulu apporter sa pierre à l'édifice, sous prétexte d'un secret professionnel dont le bénéficiaire l'a pourtant délié.

Le constat est donc celui de l'impossibilité de démontrer la réalité, la sincérité et l'efficacité d'un suivi psychologique adapté lorsque l'on comparaît en Cour d'assises.

Seule compte la parole d'experts, dont on sait qu'au tarif où ils sont payés, ils cousent quelques phrases plus ou moins personnalisées sur des canevas préparés d'avance, après avoir rencontré l'accusé une heure, parfois moins.

Et finalement qui cela intéresse-t-il réellement?...

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