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Le blog de Lee TAKHEDMIT

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Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Avocat pénaliste : peut-on plaider aux cotés des victimes comme des accusés ?

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 30 Juin 2014, 08:00am

On m’a fait l’honneur il y a quelques temps de m’inviter à un colloque organisé par la faculté de droit de POITIERS sur le thème « l’ineffectivité des peines ».

Rapidement, le débat s’est orienté sur l’intervention de l’avocat pénaliste d’un côté de la barre ou de l’autre. Notamment devant la Cour d’Assises.

Etait également invité mon confrère Maître Thibault De Montbrial, connu pour ses prises de position pro-victimes, qui expliquait qu’il estime que la peine, son quantum, intéresse nécessairement les victimes, notamment de crimes et que la juridiction de Jugement doit en tenir compte.

Je ne partage pas cet avis.

Dois-je pour autant me récuser automatiquement lorsque des victimes ou familles de victimes viennent me demander assistance ?

Suivre le manichéisme qu’illustre cette fois où un de mes clients m’a dit avoir hésité à me confier la défense de son dossier, dans lequel il entendait se constituer partie civile après la mort violente de son fils, car sa famille lui avait dit que j’étais « un avocat de voyous » ?

Je ne suis ni un avocat de voyous, ni un avocat de victimes, je suis avocat à 100%. Je mets ce que je suis et ce que je sais au service de mes clients à chaque fois que je le peux.

Cette fin de mois de juin m’a vu plaider cinq dossiers devant des cours d’assises ; trois en défense (violences mortelles, deux viols) et deux en partie civile (deux viols).

Aucun de mes clients n’a eu à se plaindre de mon investissement total à ses côtés.

J’y mets la même énergie, la même conscience, le même travail, la même écoute, les mêmes exigences.

Tous en ont besoin de façon égale.

Afin de rester cohérent, je ne m’exprime jamais sur la peine lorsque je plaide en partie civile, car cela ne me regarde pas.

Bien sûr, mes clients demeurent libres de leur expression et j’entends encore une de mes clientes expliquer à la Cour que pour elle, seule une peine d’emprisonnement ferme permettrait de prémunir d’autres potentielles victimes de l’accusé et de sa « maladie ». Elle savait, car je l’explique à tous mes clients, que je ne dirai rien sur la peine, elle a estimé utile de s’exprimer en conscience sur ce sujet lorsqu’elle a été invitée et cela me paraît tout à fait normal.

Mais l’avocat est celui qui doit prendre de la distance, celui qui sait relativiser, de par son expérience, sa réflexion dépassionnée sur les sujets bruts.

CeluiqQui sait que la peine est infligée « sans haine et sans crainte », sans écouter « les passions » ou « la méchanceté », ce qui ne se peut lorsqu’advient le tour de la victime de réclamer une sanction.

Pour moi, la plénitude de l’exercice du métier d’avocat pénaliste permet, sinon requière, qu’il plaide alternativement d’un côté et de l’autre. L’expérience des deux côtés de la barre est salutaire pour éviter parfois les écueils d’en face.

Mais cela a un prix qu’il ne faut jamais tenter d’économiser : la cohérence et l’équilibre.

Très récemment, une consoeur dont j’étais procéduralement l’adversaire devant une Cour d’Assises, elle en défense, moi en partie civile, m’interpelle après les plaidoiries ; elle se dit satisfaite de mon intervention du côté de la victime, précisant que pour le cas où elle ne l’aurait pas été, si j’avais été trop mordant ou si j’avais empiété sur la question de la peine, elle avait préparé des éditions de quelques articles de mon blog, pour me prendre en défaut.

Mais la cohérence et la sincérité sont de bons remèdes pour ne pas être pris en défaut…

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