Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Exercice de la profession : les bienfaits de la spécialisation

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 11 Mai 2015, 20:58pm

Il y a autant de manières d'exercer la profession que d'avocats en France.

Cependant, depuis que j'ai prêté serment il y a un peu moins de 10 ans, j'ai pu observer que ce qui m'était déjà présenté à l'école des avocats comme l'évolution en marche et l'avenir de la profession, la spécialisation, était une quasi-nécessité.

Je dis quasi-nécessisté pour tenter d'éviter les jets de pierres des irréductibles "généralistes". En réalité, je pense que c'est devenu une absolue nécessité.

Il n'y a que des avantages à se spécialiser.

D'abord celui de la compétence, car on ne peut pas nier qu'en se focalisant sur une matière en particulier, en s'y consacrant 5 jours sur 7 (désolé, je ne travaille pas le week-end, c'est un principe!...) on acquière des réflexes, des connaissances, une expérience, de la pratique qu'aucun généraliste ne peut revendiquer.

Qui plus est, on se forme dans notre matière sans se disperser et on agrémente notre savoir et notre savoir-faire.

De la compétence découle normalement un certain succès dans ce métier ; je ne connais pas d'avocat affichant une compétence particulière et reconnu dans sa matière dont le cabinet ne fonctionne pas correctement.

C'est d'autant plus vrai que la spécialisation est "rare". Il existe des niches dans lesquelles quelques confrères se sont engouffrés à raison et prospèrent dans l'intérêt bien compris de leur cabinet et de leurs clients.

Quand je parle de spécialisation, ce n'est pas nécessairement de l'acception estampillée CNB, avec examen de contrôle de la concurrence - pardon, des connaissances et de la pratique - mais d'une pratique régulière et tournée vers une matière unique ou des matières approchantes.

Dans mon cabinet, mes associés et moi nous sommes naturellement tournés vers les matières qui nous intéressaient le plus, afin d'abord d'essayer d'acquérir expérience et compétences.

Ensuite, nous avons choisi des domaines d'interventions qui nous paraissaient complémentaires et non concurrentiels (affaires pénales pour l'un, affaires familiales pour l'autre, indemnisation de préjudices corporels, responsabilité civile, droit administratif, etc.), ce qui peut sembler une évidence mais qui n'est pas si répandu en fait ; je suis souvent étonné de voir des cabinets rassemblant divers généralistes, dans lesquels on n'identifie pas qui fait quoi. Je me dis surtout que si en tant que professionnel je n'y vois pas clair, le message doit être encore plus trouble pour les clients.

Autre avantage, on se sent mieux lorsque l'on maîtrise son sujet , ce qui est le cas lorsque l'on a les bons réflexes.

On se sent bien également lorsque l'on fait ce que l'on aime et j'ai du mal à croire qu'un avocat puisse apprécier l'ensemble des contentieux quotidiens du généraliste, qui demandent parfois de faire un grand écart que même les plus souples doivent diversement apprécier.

Ces deux derniers points sont d'importance, car de nos jours, le bien-être au travail est primordial, surtout dans une profession volontiers présentée comme stressante.

Je précise cependant que la spécialisation dans sa pratique la plus orthodoxe produit aussi sur l'avocat - en fait, sur moi - un effet "miroir" concernant les autres matières. Je m'aperçois que je deviens de moins en moins apte à traiter tout un tas de dossiers que je traitais à l'occasion il y a encore quelques années.

Cela ne me dérange guère, car je sais pouvoir compter sur mes associés pour intervenir utilement dans ces affaires et, le plus important, mes clients savent pouvoir compter sur la structure et ses différents avocats pour que soit traitée au mieux leur affaire de divorce, puis les suites d'un accident domestique, un litige avec leur banque, etc.

En outre et clairement, à vouloir tout faire, on a forcément du mal à tout bien faire.

Quelques exemples récents me viennent en tête et notamment un, qui m'a directement inspiré ce billet lors d'une audience correctionnelle, où une consoeur intervenant en partie civile demande des dommages et intérêts contre les prévenus d'escroquerie. L'infraction tient mal et elle craint la relaxe. A la fin de sa plaidoirie, elle s'approche de la Cour et lance, peu sûre d'elle : "en cas de relaxe, je vous demande quand même de condamner civilement les prévenus à raison de leur faute civile"...

Grand silence dans la salle.

Pour les non-initiés, il faut entendre que cette demande est une hérésie, c'est comme de demander une côte de porc dans une boucherie halal.

La présidente d'audience n'osait même pas lui dire que ce n'était pas possible, alors elle lui demande sur quel fondement repose en droit cette demande. La consoeur enfonce le clou en évoquant l'article 1382 du Code civil qu'elle commence à citer, histoire, pourquoi pas, d'apprendre un peu le droit à la Cour : "Tout fait quelconque de l'homme... vous savez, quoi..".

Nouveau silence. Cette fois, c'est une ostie qu'elle a commandée dans la même boucherie...

Qu'on s'entende, aucun avocat ne peut prétendre tout savoir sur tout et moi encore moins que d'autres, je me garderai bien de relater ici les quelques moments de honte mémorables que mon incompétence m'a valus, mais il y a un minimum à maîtriser dans chaque matière et ce minimum s'accroit d'autant qu'on la pratique.

Je n'ai rien inventé, on me le disait déjà il y a dix ans, je l'ai juste vérifié.

Commenter cet article

diogène 12/10/2015 17:39

vous êtes sur Maître ?

Ccass 5 février 2014 n°12-80.154.

Lee TAKHEDMIT 14/10/2015 00:51

Sûr de quoi?

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents