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Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Un TripAdvisor pour avocats ou le sacre de la culture du résultat

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 14 Décembre 2015, 09:00am

Un dernier article détendu pour cette année 2015, avant un repos bien mérité pour ces congés de Noël.

Quoi de plus adapté qu’un bilan à cette époque du cycle annuel ? Et du bilan à l’évaluation, il n’y a qu’un pas.

D’évaluation il était récemment question, quand un journaliste sollicita mon avis à propos d’un site de notation en ligne des avocats.

Une sorte de TripAdvisor judiciaire.

Je ne connaissais pas ledit site, je suis donc allé le consulter rapidement.

Première observation, en sélectionnant diverses options de recherche, je tombe sur des avocats ne faisant autorité ni géographiquement, ni dans la matière indiquée ; c’est semble-t-il qu’il faut, comme pour la légion d’honneur, proposer son nom pour être élu ! Pourquoi pas…

Deuxième observation, je m’aperçois que les commentaires sont libres, ce qui clairement ouvre la porte à toutes les fenêtres – D.DEBBOUZE –

Troisième observation, les critiques qui germent au sujet des sites marchands ou touristiques pointent déjà leur nez : à l’heure où la concurrence entre avocats devient féroce, comment ne pas imaginer que tel ou tel commentaire désobligeant puisse être l’œuvre d’un client qui n’en est pas un ?...

Surtout, cela pose en toile de fond – ce qui s’entend, s’agissant d’un site internet… - l’épineux problème de la culture du résultat qui devient de plus en plus envahissante dans notre métier.

Aujourd’hui, bon nombre de clients vont chez l’avocat comme chez le garagiste. Ils vous amènent un dossier tout cassé, il faut le leur rendre réparé.

Sans doute les ravages de la culture « pope » (non-non, ce n’est pas une faute de frappe, ce « e » est ici à dessein…)

Du nom de la célèbre avocate-lobbyiste-agent secret de la série scandal, qui se décrit elle-même comme « fixer » (« I fix things. That’s what i do… »).

Et là je dis non ! Nous ne sommes pas des « fixers », nous ne réparons pas les situations que nous soumettent nos clients, encore moins en matière pénale.

La seule chose que l’on puisse faire, c’est de mettre le maximum de nos connaissances, de notre énergie, de notre expérience au service de la défense de nos clients.

Et souvent cela ne suffit pas. Ou plus précisément cela ne leur suffit pas.

Pas plus tard qu’aujourd’hui, je me suis fait remonter les bretelles par un client qui, ayant écopé de 3 années de prison, était mécontent que je n’aie pas obtenu pour lui d’aménagement de peine après seulement…4 mois purgés ! Aménagement que je lui avais fermement déconseillé de solliciter dans ces conditions, mais tout cela lui passait bien au-dessus de la tête, seule importait le résultat escompté.

Dans cette affaire, je pense pourtant avoir fait mon possible. D’abord le conseil préalable en lui proposant de patienter encore quelques mois afin de respecter le principe de crédibilité de la peine. Ensuite, après qu’il outrepassât mon conseil, j’ai mis en œuvre l’ensemble des moyens techniques propres à saisir la juridiction et présenter le dossier sous son jour le plus favorable. Enfin, j’ai plaidé sur les arguments qui, nonobstant le caractère manifestement prématuré de sa demande, pouvaient permettre de faire aboutir cette requête car le dossier de réinsertion était malgré tout solide. En vain.

Le même travail, présenté de la même façon quelques mois plus tard (revenir à l’étape un, donc, le conseil préalable…) aurait abouti sans nul doute à un aménagement.

Ainsi le même travail me vaudrait aujourd’hui les pires avanies et les commentaires les plus désobligeants, là où j’accéderais au statut de demi-dieu dans 6 mois en obtenant logiquement l’aménagement.

Un moteur serré 3 jours après un échange standard, c’est du boulot de sagouin.

Une viande rassise qui vous file la tourista, c’est un attentat culinaire.

Un escarpin Louboutin dont le talon casse en une semaine, c’est un scandale (cette fois avec un « e »).

Mais un avocat qui fait tout son possible et voit son client trafiquant de stupéfiants partir en détention pour 4 ans alors qu’il ne voulait y aller que pour 2, cela s’appelle l’obligation de moyen. C’est tout ce à quoi nous sommes tenus. Il serait bon qu’un plus grand nombre de nos clients s’en souviennent.

Enfin, à l’heure de clôturer ce billet et cette année, je m’interroge et j’angoisse… Que vont penser mes clients en apprenant que je prends 15 jours de vacances ? De quelle note écoperai-je à la rubrique « disponibilité-réactivité-malléabilité » ?... ;-)

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