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Le blog de Lee TAKHEDMIT

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Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Avocat-policier, ennemis héréditaires ou même combat ?

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 18 Janvier 2016, 09:00am

Une très récente mésaventure m’a soufflé la rédaction de ce billet, dont j’emprunte le titre à mon dernier article que j’avais baptisé Avocat-procureur, ennemis jurés ou même combat?

A la suite du placement en garde à vue de plusieurs suspects dans une affaire de trafic de stupéfiants, trois d’entre eux avaient sollicité mes services pour les assister durant leurs auditions.

Sous des prétextes aussi variés que mensongers, les policiers en charge de ces gardes à vue m’avaient évincé du dossier (j’étais suspendu pour le premier, injoignable pour le second et déjà choisi par d’autres suspects pour le dernier…).

Ce n’était pas la première fois que des clients me rapportaient ce comportement de policiers ou gendarmes et cette nouvelle occurrence fit un peu déborder le vase (cf. sur ce petit scandale l’article de la Nouvelle République).

Elle me fit surtout m’interroger sur ce qui pouvait motiver des enquêteurs à avoir de telles prises de position.

Que voulaient-ils éviter en s’assurant de mon absence aux côtés de mes clients ? L’avocat n’a aucun pouvoir en garde à vue, n’ayant aucun accès à la procédure. Il n’est même pas autorisé à poser des questions lors de l’interrogatoire, tout juste peut-il le faire à la fin de celui-ci, ce qui n’apporte rien ou si peu de mon point de vue en terme de défense. Pire encore, les enquêteurs en question, qui me connaissent, savent que je n’assiste quasiment jamais aux auditions, j’interviens en général simplement pour l’entretien d’une demi-heure, ils ne peuvent donc pas craindre que je leur mette des bâtons dans les roues.

J’ai compris que la raison est ailleurs, ils ne veulent pas tant me voir hors du dossier au stade qui les concerne directement, celui de la garde à vue et de l’enquête, mais surtout éviter que j’intervienne au stade qui ne les concerne plus eux, mais qui me concerne moi, de façon privilégiée, celui des suites judiciaires de l’enquête.

Le stade où je vais éplucher avec la conscience la plus aiguisée le travail qu’ils auront effectué pendant leur phase à eux, où je vais peut-être critiquer ce travail, le remettre en cause.

Et finalement – si peu souvent – le défaire, en inclinant les juges à relaxer, à séparer le bon grain de l’ivraie. Ou à condamner justement plus que sévèrement.

Je me rappelle cette anecdote après que j’ai défendu un jeune homme coupable de deux braquages. Les réquisitions avaient été très sévères à son égard, demandant un emprisonnement ferme conséquent. J’avais obtenu que le tribunal le condamne modérément et surtout qu’il ne fasse pas une journée de détention (je le vois encore de temps en temps, des années après, il n’a jamais récidivé…). Quelque jours après, à l’occasion d’une garde à vue pour un autre client, je recroise les policiers qui avaient enquêté sur les braquage et l’un d’eux me lance, mauvais : « mais comment avez-vous fait pour qu’il n’aille pas en prison, c’est scandaleux ! On bosse pour rien ! ». Aucun sourire dans ce commentaire, aucun second degré, ce policier avait vraiment été affecté par cette décision de Justice qui lui semblait avoir gâché son travail. Et il m’en voulait à moi, d’une acrimonie qui m’avait heurté.

J’ai travaillé dur pendant des années pour être reconnu pour la qualité de mon travail d’avocat, de juriste. Ce travail, je le fais le plus consciencieusement possible, je pense avec la même conscience que les policiers font le leur au quotidien.

Comme la plupart d’entre eux, mon but est que la Justice soit rendue au mieux. Pas Ma justice, pas Leur justice. La Justice. En cela je pense que nous livrons, chacun à notre place, un même combat.

Pourtant certains d’entre eux me ciblent comme l’ennemi. Celui qui casse leur travail. Une sorte de complice des voyous qu’ils interpellent.

Ce manque de recul est préjudiciable pour la Justice.

Tout d’abord, que chacun joue son rôle. Les policiers ou les gendarmes ne sont pas pas là pour juger. Leur travail est d’interpeller, d’enquêter et de confier un suspect aux juges qui seuls sont habilités à condamner.

Ensuite, il ne peut être admis qu’un enquêteur se comporte comme il a été indiqué supra. A minima une telle erreur entache les gardes à vue qu’il a chapeautées de nullité, ce qui rend l’enquête bancale. De façon plus large cela pose question sur la confiance que l’on peut placer dans l’enquête en général, voire dans l’ensemble des enquêtes dans lesquelles il est intervenu. Par cette attitude de déloyauté, de contournement, de mensonge, il jette le discrédit sur son travail, mais également jette un voile de suspicion sur le travail accompli par l’ensemble de ses collègues qui eux, acceptent d’œuvrer dans le cadre légal qui s’impose à tous.

En réalité, en se comportant ainsi, comme l’ennemi de l’avocat, le policier se mue en ennemi de la Justice qu’il appelle de ses vœux…

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