Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Affaires sexuelles : doit-on fabriquer des victimes ?

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 15 Février 2016, 08:30am

Le sujet n’est pas ici d’évoquer ces tristes dossiers dans lesquels j’ai à défendre un accusé de violences sexuelles qui reconnaît ses déviances et ses transgressions. Dans ces affaires, les victimes sont victimes et la question ne se pose pas.

Non, je pense plutôt à ces autres dossiers dans lesquels l’accusé nie en bloc, parfois à raison. Dans ces affaires, il y a des plaignants avant que d'y avoir des victimes. Le problème est que l'on a tendance à confondre les deux, la tentation allant parfois jusqu'à fabriquer des victimes en l'absence de plaignants.

A l’occasion d’une affaire récente, j’avais été frappé par le fait que certaines parties civiles du dossier, ici de très jeunes enfants, n’avaient révélé aucun fait spontanément mais avaient été sommées de s’expliquer sur les agissements d’un oncle, lui-même accusé d’un viol avéré.

Lorsqu’elle découvrit que ce proche avait commis pareil forfait, leur mère les pressa de lui dire s’ils avaient eux aussi subi ses assauts. On n’en sut pas plus sur les conditions dans lesquelles elle interrogea les enfants, mais elle affirma que deux de ses filles avaient porté des accusations contre l’oncle.

Celui-ci nia fermement, mais sa parole ne valait plus grand-chose, compte tenu de sa culpabilité avérée dans l’autre affaire.

Dans la mesure où les enfants semblaient avoir porté quelque accusation, on mit en place une « audition Mélanie », procédure particulière confiée à un enquêteur formé pour entendre les jeunes enfants.

Mais le vers était dans le fruit ; l’enquêtrice passa quasiment les enfants à la question, non pas simplement pour recueillir leur parole, mais pour obtenir une confirmation de la mise en cause du tonton. Après une bonne quinzaine de questions auxquelles l’un des enfants avait répondu « non », elle finit par l’avoir à l’usure et obtenir ce qu’elle souhaitait. Aux forceps. Par contre, elle n’obtint rien des autres enfants.

C’est ainsi que le dossier se présenta devant la Cour d’assises.

Les accusations étaient fragiles, les « plaignants » absents compte tenu de leur âge, l’accusé campé sur ses positions. La Cour fit application de la mesure nécessaire et acquitta mon client pour ces deux faits, tout en le condamnant comme il se devait pour le viol reconnu.

Depuis, je m’interroge sur les conséquences sur la vie de ces enfants de cette procédure qu’ils n’ont jamais appelée de leurs vœux.

On leur a clairement imposé cette épreuve de force (à l’exception notable du procès, c’est déjà ça…) et je reste convaincu qu’ils n’avaient subi aucun fait de nature sexuelle.

D’ailleurs, même les faits qu’ils auraient dénoncés n’étaient pas connotés sexuellement de façon évidente ; comme ils n’avaient rien de particulier à reprocher à leur oncle, on les avait contraints à recomposer certaines attitudes, certains gestes de l’oncle à leur égard. Un enfant de 5 ou 7 ans peut-il (doit-il) interpréter a posteriori une main sur son pubis comme une agression sexuelle ?...

Quoiqu’il en soit, il leur a fallu rencontrer les policiers, des experts, être l’objet d’une attention particulière alors que rien ne le justifiait.

Ils doivent supporter le regard condescendant de tous les acteurs ayant gravité autour de cette affaire, qui les pensent victimes.

Ils auront à gérer toute leur vie cette étiquette de victime d’agression sexuelle et l’injustice qu’ils ne peuvent percevoir que comme telle à la suite de cet acquittement.

Tout cela à cause du besoin de notre système d’être plus royaliste que le roi. Aujourd’hui, on ne se contente plus d’être à l’écoute des victimes, on se persuade qu’un plaignant est nécessairement une victime, parfois on considère même qu’une personne qui ne se plaint de rien est, à son corps défendant, une victime.

Et quant on veut fabriquer des victimes, on obtient des victimes.

J’ai pu constater cela à plusieurs reprises dans ma carrière d’avocat.

Des parents ne pouvant accepter que leur fille, alcoolisée, ait commis quelques errements la nuit précédente et qui vont porter plainte avec/pour elle en criant au viol.

Des hommes ou des femmes qui trompent leurs compagnons et qui, plutôt que d'assumer, invoquent une agression et se laissent conduire jusqu’au commissariat où ils vont déposer plainte pour ne pas avouer leur infidélité… et j'en passe.

A chaque fois que j’ai cru constater cela, j’ai également constaté que ces plaignants à qui l’ont donnait, voire imposait un statut de victimes se comportaient tous comme de parfaites victimes, au commissariat et jusque dans le bureau de l’expert psychologue.

Certains ont été déboutés, certains crus, jusqu’à la condamnation de l’auteur des faits dénoncés.

Evidemment, la parole des victimes doit être prise en considération, les investigations menées sérieusement, mais de façon aussi neutre que possible.

Ecouter les victimes, c’est aussi parfois écouter ce qu’elles ne disent pas…

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents