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Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Le crime passionnel ne paye plus

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 29 Mars 2016, 07:00am

J’assiste Monsieur G. devant la Cour d’assises de Bordeaux, poursuivi pour une tentative d’assassinat commise sur son rival, nouveau compagnon de la mère de son fils.

Assez typiquement, nous sommes en présence d’un crime passionnel ; même le président de la Cour le présente comme tel en utilisant ce vocable spécifique.

Ce jeune homme, au profil de fragilité psychologique extrême depuis plusieurs années, quitté quelques mois auparavant par sa compagne au profit d’un autre homme, vit très mal la séparation. Il sombre dans une grave dépression, fait une tentative de suicide sérieuse qui le conduit à une hospitalisation en psychiatrie, tombe petit à petit dans le piège de l’alcool, jusqu’à ce qu’un jour, ivre (de bière, de douleur et de colère), il se rende au domicile de son ex et porte un coup de couteau au cou de son « remplaçant ».

Lorsque s’ouvre son procès, je n’ai pas d’idée préconçue sur la tournure que peuvent prendre les évènements.

On sait que ce genre de dossier peut faire l’objet d’un traitement assez clément par les juridictions, en fonction de la compréhension que peuvent s’en faire la Cour et les jurés.

On constate des peines allant généralement de 5 à 12 ans, ce qui constitue une fourchette très large, il y a de la place pour la défense et l’analyse du contexte, notamment psychologique de l’affaire.

Sauf que l’orientation des débats ne m’échoit pas, il s’agit d’une compétence exclusive du Président qui, à mon étonnement, va mener deux jours durant une instruction au cours de laquelle aucun élément de personnalité ne va être mis en avant.

SI bien qu’au moment de plaider ce dossier, la Cour et les jurés n’ont aucune idée de celui à qui ils ont affaire.

Il faudra de ce fait consacrer une grande partie des observations en défense à dépeindre la vie de ce jeune homme, sa lente descente dans les méandre de la dépression, presque jusqu’à la folie, puis l’abattement qui l’accable, les regrets sincères après son geste, l’abrutissement médicamenteux en prison, pendant deux ans, qui permet enfin de comprendre pourquoi celui-ci se présente dans un tel état devant ses juges.

Réglant son pas sur le pas de cette instruction d’audience, le Procureur Général enfouit mon client sous les quolibets, le soupçonne de manipulation à l’audience là où le pauvre hère est rendu incapable de s’exprimer par l’effet du traitement de cheval qu’on lui dispense en détention.

Le degré zéro de l’humanité judiciaire.

Il réclame 15 ans. Dans une affaire qui, de l’avis de tous, ne vaut pas 8.

Il ne sera pas suivi jusqu’au bout, mais mon client écope tout de même de 10 années d’emprisonnement.

Le crime passionnel ne paye plus.

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