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Le blog de Lee TAKHEDMIT

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Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Peut-on plaider « contre » son client ?

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 14 Mars 2016, 08:30am

Récemment, un de mes clients entendait plaider l’acquittement devant une cour d’assises pour des faits de viol dont il était accusé.

Je ne saurais dire s’il les avait commis, mais je puis affirmer qu’il n’y avait aucune chance que l’on pût convaincre une cour d’assises de son innocence.

Les éléments à charge, quand ils sont si nombreux, se transforment inévitablement en preuve et la condamnation attend l’accusé.

Au-delà de la question du bénéfice que l’on peut tirer d’une reconnaissance des faits dans une audience criminelle (et dans les suites de cette audience), se pose dans ce cas la question de l’efficacité de la défense.

Quand on sait que notre client va être condamné et que son positionnement ne peut triompher, voire est inepte, doit-on, parce que l’on est payé pour, faire passer des vessies pour des lanternes ?

De mon point de vue, il en va de notre crédibilité professionnelle et la réponse qui s’impose est non.

En outre, l’agacement de la Cour n’est alors jamais loin et le risque d’une sanction encore plus lourde plane sur notre client.

Il faut alors utiliser toute notre capacité de persuasion pour convaincre d’abord, non ladite Cour, mais notre client qu’il est impossible de relayer sa position.

On peut essayer de le faire changer d’avis si cette position est manifestement contraire à la réalité du dossier, ou lui expliquer que l’on va prendre quelque distance avec celle-ci sans toutefois lui demander de la renier (je ne demande jamais à un client qui nie farouchement de reconnaître quoique ce soit, je ne suis pas un accoucheur d’aveux).

Cette distance de l’avocat avec son client est pour moi une nécessité, qui peut donc aller jusqu’à plaider l’inverse de ce que dit ce dernier, qui dans certaines hypothèses est incapable de reconnaître sa culpabilité.

Naturellement, cela ne peut se faire qu’avec son accord. Tout repose donc sur une bonne communication entre l’avocat et son client, sur la confiance que le professionnel doit savoir gagner de la part de son mandant, pour pouvoir effectuer sa mission de la manière la plus utile.

En d’autres termes, ce n’est pas parce que notre client nous paye que l’on doit accepter de dire tout ce qu’il nous demande de dire, mais c’est parce qu’il nous paye que l’on ne peut pas dire ce que l’on veut sans son accord.

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