Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Aide-toi et le ciel t’aidera, Confrère !

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 18 Juillet 2016, 08:00am

J'ai beaucoup entendu de réactions individuelles de confrères à la récente parution du rapport ministériel sur la protection des magistrats au sujet duquel j'écrivais la semaine dernière.

Je dis individuelles car, comme souvent, alors qu’il s’agit là d’une attaque assez globale contre la profession, je n’ai pas été foudroyé par la fulgurance des réactions collectives de nos instances.

Dans le même temps que je recevais cette information sur ce rapport inquiétant, je vivais une expérience troublante à l’audience, qui résonna comme un écho à cette actualité.

J’assistais un prévenu, le plus lourdement impliqué dans le dossier, parmi dix-huit personnes poursuivies, à l’occasion d’une audience un peu tendue.

Je jugeais l’instruction d’audience pour le moins étonnante, le président n’ayant de cesse, d’abord, de transformer ce dossier collégial en procès de mon client et, surtout, de s’attarder sur des éléments périphériques, souvent personnels, sans aucun lien avec les faits de ce dossier où tout était rigoureusement reconnu.

Alors que mon client était appelé à la barre pour être interrogé, le Président commença par faire un petit résumé de sa vie, emprunt de nombreuses appréciations qui me semblèrent hors de propos, puis continua en rappelant son engagement politique, ses accointances avec des personnes d’origine étrangère – jamais inquiétées dans le dossier – sans oublier une petite référence à de supposées parties fines extra-conjugales. Une fois ce résumé terminé, il invita mon client à s’exprimer sur ces sujets.

Evidemment, je ne laissai pas le temps au prévenu de répondre, j’intervins énergiquement, indiquant à la juridiction que mon client ferait valoir son droit au silence sur ces points.

Je me permis de rappeler que tout cela relevait de sa vie privée, qu’il n’était poursuivi que pour des vols et que je m’étonnaisque l’on posât de telles questions, sans compter que les observations quant à la vie politique ou sexuelle de mon client relevaient du dérapage.

Le Président, parfaitement maître de lui et de son audience, me fit remarquer qu’il posait les questions qu’il voulait.

Je rétorquai que je n’en disconvenais pas, mais que de mon côté, il m’appartenait de conseiller à mon client de ne pas répondre à ce genre de questions.

Incident d’audience assez classique, sans heurt particulier.

Quand tout à coup, sur ma gauche, j’entendis une voix s’indigner en me rappelant vertement mon obligation de courtoisie…

J’accusai le coup 3 secondes, puis demandai à cet avis que je n’avais pas sollicité la justification de son émission.

Je reçus alors un très solennel « en tant qu’ancien bâtonnier », dont j’avoue que je n’entendis pas la suite, car j’étais déjà tellement atterré que je fis en sorte de clore l’incident rapidement, avant que cela ne devienne un pugilat entre avocats.

Cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé, mais je ne peux pas dire non plus que cela fût une première.

Depuis le début de cette audience, le Président se permettait des réflexions sidérantes sur un certain nombre de prévenus. Je voyais et entendais les confrères souffler, se dire entre eux que c’était inadmissible etc.

Pas un ne réagit cependant.

Sauf pour me mettre des bâtons dans les roues quand j’exerçai la mission de défense de mon client (y compris de sa vie privée qui n’a pas à être affichée inutilement en pleine audience).

Des « en tant qu’ancien bâtonnier », j’en ai beaucoup entendu avec l’ambition de donner des leçons à des confrères, parfois fondées, souvent érodées…

J’aimerais en entendre, des « en tant qu’ancien bâtonnier » quand je vois de jeunes confrères se faire humilier en pleine audience par des parquetiers irrespectueux, par des présidents avides de casser de l’avocat. Je ne désespère pas.

Albert Einstein a dit que ce qui détruira le monde, ce n’est pas ceux qui font le mal, ce sont ceux qui les regardent sans rien faire…

Quant à la sécurité des magistrats, pas d’inquiétude tant que les confrères continueront à se tirer dans les pattes plutôt que de faire front face à des situations de déséquilibre en audience.

Quand je vis de telles situations et que je lis les protestations univoques contre le rapport ministériel précité, je dis aux avocats : « aide-toi et le ciel t’aidera, Confrère ! »

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents