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Le blog de Lee TAKHEDMIT

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Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


POITIERS-VIVONNE : Chronique d’une mutinerie annoncée - 1ère partie

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 26 Septembre 2016, 07:30am

POITIERS-VIVONNE : Chronique d’une mutinerie annoncée - 1ère partie

Les évènements récents au centre de détention de POITIERS-VIVONNE ont fait couler beaucoup d’encre et ont mobilisé la médiapshère judiciaire pendant quelques heures, avant que tout rentre naturellement dans l’ordre.

J’interviens dans le dossier qui a été ouvert à l’instruction car l’un de mes clients a été considéré comme meneur dans cette affaire, mais l’objet de ce billet n’est pas de commenter la procédure, d’autant moins qu’elle fait l’objet d’une instruction judiciaire et qu’à ce titre elle est couverte par le secret.

Non, ce qui m’intéresse, c’est de commenter ce qui a été rendu public, ce que les médias ont appelé « la mutinerie de Vivonne ».

Une mutinerie qui n’a pas surpris grand monde parmi les personnes qui gravitent autour de cet établissement, tant la colère sourdait à bas bruit depuis des mois.

Les causes en sont multiples, bien connues et ce qui est le plus dérangeant est sans doute cette manière déroutante qu’ont les autorités de réagir et de communiquer. Leur technique est simple et très usitée dans le milieu pénitentiaire, autant par les autorités que par les détenus eux-mêmes : il s’agit de jouer les innocents…

Dans le cas présent, cela ne peut pas fonctionner mieux pour les autorités que cela fonctionne habituellement pour les détenus.

Car depuis l’ouverture dans la douleur de ce centre pénitentiaire (il faut se souvenir des évènements liés à cette ouverture, avec le transfert des détenus de la vieille prison de la Pierre levée, qui avait occasionné un après-midi d’octobre 2009 une quasi émeute dans les rues de POITIERS ; l’une de mes premières affaires médiatiques), rien ne va au champ des grolles !

D’abord la structuration architecturale du lieu est catastrophique. On a mal à la tête à imaginer le coût de conception de ces établissements par des gens qui n’y mettront jamais les pieds.

Bien sûr les cellules sont d’un confort acceptable et équipées de douches, ce qui fait la différence pour beaucoup de détenus. Mais tout le reste déraille ! On se croirait dans un hôpital psychiatrique, le lieu n’a clairement pas été créé comme un lieu de vie contraint, ce qu’il doit être, mais comme un endroit à surveiller. La différence est immense. Quand on voit qu’au 19ème siècle, on construisait les prisons en croissant de lune (Maison d’arrêt de Niort) ou en Rotonde (Maison d’arrêt de POITIERS), il y a matière à réfléchir sur l’évolution de la réflexion quant à ce que doit être un lieu de privation de liberté…

Ensuite, la gestion de l’établissement est semi privatisée. Rien que l’idée est saugrenue. Contraindre la liberté d’autrui ne peut se concevoir que dans le cadre d’un pouvoir régalien, faire intervenir des parties privées pour la gestion d’un tel établissement est inepte. Le service du travail, la gestion des cuisines sont confiés à des prestataires privés et les difficultés sont nombreuses, les plaintes sur le mode de gestion n’ont cessé depuis l’ouverture de l’établissement. Bien entendu, à chaque fois que ces récriminations remontent jusqu’à la direction, celle-ci se défausse sur le prestataire et les problèmes demeurent.

Que penser encore de ce que la loi soit respectée pour le moins à géométrie variable ? Je ne compte plus les condamnations prononcées par le Tribunal administratif pour divers motifs (rien qu’en ce qui concerne mes clients, non respect du droit à téléphoner, sanctions disciplinaires injustifiées, non respect des minima de rémunération, prélèvements injustifiés pour le service de télévision, etc.), qui témoignent de ce que dans ce lieu où l’on prétend réinsérer et inculquer les valeurs républicaines et notamment le respect de la loi, c’est « faites ce que je dis et pas ce que je fais ».

Ensuite, la gestion excessivement sécuritaire du lieu, qui se traduit par des comportements que je qualifierais euphémistiquement de « trop peu souples ». Face à nombre de détenus, l’approche se doit d’être plus psychologique. On ne peut pas s’adresser de la même manière à un détenu de 20 ans purgeant 3 mois pour conduite sans permis qu’à un vieux cheval de retour du grand banditisme. Ou bien l’on s’expose à quelques vives réactions. Qui, à Vivonne, sont traitées au Kärcher ; commission de discipline et mitard à tous les étages. Parfois pour des broutilles. Et à l’heure du portable dans toutes les cellules, le détenu de Vivonne qui écope de 14 jours de mitard pour avoir fumé un pétard sait dans l’heure que son collègue d’une maison d’arrêt à 100 km de distance aura, lui, subi une remontée de bretelle ou une sanction assortie de sursis. Pas vraiment de nature à lui inspirer un sentiment de Justice pour tous…

Je ne compte plus les clients qui me disent faire l’objet de fouilles à nu systématiques, jusqu’au retour de parloir avec leur avocat ! De fouilles quasi journalières (de mise à sac pourrait-on dire parfois) de leur cellule, souvent pour rien. Il suffit d’une rumeur dans un bâtiment les ciblant comme trafiquant, racketteur ou autre et le peu de liberté qu’il leur reste peut être piétiné en dépit du bon sens et de la loi.

Tout cela alors même que l’établissement est rigoureusement incapable de protéger la plupart des détenus qui font réellement l’objet de pressions voire de violence. Les détenus accusés de crimes sexuels sont régulièrement massacrés par des codétenus, même lorsqu’ils dénoncent nommément leurs agresseurs, ce sont eux qui se retrouvent incarcéré à l’isolement…

Tout cela est bien entendu lié à un manque cruel de moyens, notamment en personnel de surveillance. Ce que les syndicats de surveillants dénoncent unanimement depuis l'ouverture de l'établissement. sans aucun succès.

Dois-je évoquer le manque de personnel soignant, de psychologues, de psychiatres, de conseillers d’insertion et de probation ?

Cette situation génère chez la population carcérale un sentiment, au mieux d’abandon, au pire d’oppression et je dois dire que j’ai souvent du mal à ne pas partager ce sentiment.

Au total, on distingue tout de même quelques difficultés dans le fonctionnement de cet établissement, ce qui génère d’une façon assez audible des conséquences.

On pourrait attendre des autorités judiciaires et pénitentiaires qu'elles soient au fait de ce que les actes que l’on pose entraînent des conséquences, or il semble au contraire qu’il n’y a guère que ces mêmes responsables pour feindre ignorer cette relation de cause à effet…

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