Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


POITIERS-VIVONNE : Chronique d’une mutinerie annoncée – 2ème partie

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 3 Octobre 2016, 07:30am

 

La semaine dernière, je brossais un tableau un peu sombre du fonctionnement du centre de détention de POITIERS-VIVONNE, qui malheureusement cadre trait pour trait avec la réalité vécue par les détenus, leurs familles et je pense l’ensemble des intervenants professionnels qui gravitent autour de la prison.

Un mode de fonctionnement qui pose beaucoup de problèmes et dont l’efficacité laisse songeur.

En effet, en quelques mois, les scandales liés à cet établissement n’ont cessé de fleurir ; trafic de stupéfiants dans lequel est évoquée une complicité interne (d’ailleurs, chacun aura noté avec quelle célérité la direction de l’établissement s’est empressée de communiquer sur le fait que cette complicité n’était pas tout à fait interne, puisqu’il s’agirait d’un employé d’un prestataire privé et non d’un fonctionnaire de la pénitentiaire), condamnations multiples par le Tribunal administratif pour divers motifs, suicides en nombre…

Il est impossible de dresser une liste exhaustive de l’ensemble des conséquences qu’une telle gestion du centre pénitentiaire a pu générer, mais voici là les prémisses de la mutinerie qui a éclaté à la mi septembre, qui permettent d’affirmer que cet épisode paroxystique ne pouvait pas ne pas éclater :

  • Plaintes des familles, je ne compte plus les demandes qui m’ont été relayées par les familles qui estiment n’être pas considérées, parfois même pas respectées lors des parloirs.
  • Plaintes des avocats, dont je suis, qui sont relégués au second plan des préoccupations du personnel et qui, souvent, sont contraints de perdre 1 heure et plus à attendre un client pour un parloir. Et qu’on ne me dise pas que c’est pareil partout, j’écume les maisons d’arrêt de la moitié ouest du pays depuis des années et je ne rencontre ces difficultés récurrentes qu’à Vivonne.
  • Plaintes des personnels eux-mêmes, qui ne cessent de récriminer - en off bien sûr – quant à la surdité des autorités à leurs demandes de renforcement des effectifs, qui confient leur lassitude dès que l’on prend 5 minutes pour évoquer avec eux leurs conditions de travail.
  • Enfin, les détenus : sentiment de n’être jamais écoutés et encore moins entendus, y compris dans des requêtes qui sont légitimes.
  • Mal-être quotidien, conduisant parfois au suicide – 5 de mes clients se sont donnés la mort ou l’ont trouvée de façon prématurée depuis 2009, un nombre bien plus important concernant l’entier établissement.

Voilà, d’une façon survolée, l’état dans lequel se trouve cet établissement pénitentiaire au moment où on propose de résumer les évènements de septembre 2016 au caprice d’un détenu qui n’aurait pas supporté un refus de permission de sortir.

On peut vouloir continuer de fustiger les conséquences et d’ignorer les causes.

On peut vouloir se concentrer sur une communication politicienne et voir le verre à moitié plein ; le Procureur de la République lors d’une de ses allocutions médiatiques s’enorgueillissait récemment qu’il n’y ait pas encore de réel problème de surpopulation à POITIERS-VIVONNE.

N’ayez crainte, tout vient à point à qui sait attendre…

POITIERS-VIVONNE : Chronique d’une mutinerie annoncée – 2ème partie

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents