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Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Tout ce que vous direz sera retenu contre vous

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 21 Août 2017, 07:20am

Qui n’a pas entendu cette phrase dans une bonne vieille série américaine ?

Alors que se clôt une affaire d’assises dans laquelle je n’ai pas eu la tâche facile, je repense à cette phrase car j’ai eu droit à toutes les caricatures possibles et imaginables de la part de mes contradicteurs que sont les avocats général et de parties civiles.

Je défendais un accusé qui avait commis des braquages et des home-jackings chez des gens qu’ils connaissaient pour l’avoir aidé quand il était dans la panade.

Evidemment, moralement pire encore que juridiquement, sa position était intenable.

Cependant, il faut dire que son comportement depuis son interpellation dans cette affaire était remarquable à tous points de vue.

Il avait reconnu l’intégralité des faits, s’était excusé dès le début, inquiété des victimes, avait un comportement exemplaire en détention, n’avait jamais demandé de mise en liberté compte tenu du sentiment de contrition qui l’habitait, etc.

Experts psychologue et psychiatre s’accordaient sur son absence de dangerosité et sur la sincérité de ses remords.

Même les victimes de ses exactions semblaient être enclines au pardon tant il était vrai que mon client, bien qu’il bénéficiât de nombreuses circonstances atténuantes, n’en escomptait aucun bénéfice, son discours tout entier étant orienté vers des excuses sincères pour ses victimes.

On pouvait s’attendre à un relatif consensus judiciaire qui permettrait d’aboutir à une décision équilibrée, point d’orgue d’un procès sans heurts.

C’était sans compter sur ces caricatures d’avocats général et de parties civiles, qui n’eurent de cesse de poser des questions sans aucun intérêt pour la manifestation de la vérité, dans le seul but de tenter de noircir le tableau qui n’avait pas besoin de cela.

Il passèrent la semaine consacrée à ce procès à essayer de faire émerger leur vérité fantasmée plutôt qu’à constater avec les autres acteurs du procès (les parties, le Président, le jury, les témoins, même) que cet  accusé, qui avait dérivé sur une période de 2 mois dans une vie sans aucune infraction, ne présentait aucun danger pour la société après qu’il eut pris lui-même conscience de cette dérive et qu’il décida tout autant par lui-même d’y mettre un terme (il ne fut interpellé qu’un an après la fin des infractions).

Même ce dernier élément particulièrement rare (ce genre de série d’infractions s’arrêtent en général quand la Justice y met un terme, pas quand l’auteur le décide par lui-même) ne pouvait pas trouver crédit aux yeux de l’avocat général et de ses lieutenants.

Pour l’un c’est faute de moyens que l’accusé avait finalement renoncé, (« mais il n’aurait pas hésité une seconde à recommencer dès qu’il en aurait eu l’occasion ! »), pour les autres, faute d’équipiers (théorie aussi ridicule que fumeuse, le dossier démontrait qu’il avait recruté les premiers bras cassés qu’il avait croisé pour monter ses coups, mais qu’importe ce qu’il y a au dossier pour ce genre d’adversaire judiciaire…).

Les excuses de l’accusé ? Une manipulation pour attirer la clémence. Ses explications détaillées de chacune des infractions commises ? Plutôt que d’y voir l’acceptation de mon client de jouer le jeu judiciaire en « apportant aux victimes les réponses aux questions qu’elles se posent » (n’est-ce pas l’un des poncifs les plus éculés du procès pénal que cette phrase ?), on y vit le modus operandi particulièrement détaillé d’un professionnel du crime.

Quoi que pût répondre mon client aux questions posées par la partie adverse, tout était interprété contre lui.

En un mot comme en cent, mes contradicteurs dans cette affaire ont tout bonnement pourri un dossier qui aurait dû se dérouler dans une ambiance sereine et détendu, avant que d’aboutir à une condamnation consensuelle. Simplement parce qu’ils s’imaginaient qu’à la place qu’ils occupaient, il est de bon ton d’enfoncer au maximum l’accusé, de lui faire la guerre, de ne lui reconnaître aucune qualité, aucune sincérité, comme si en se retrouvant de l’autre côté de la barre, il avait définitivement quitté la communauté des hommes droits, sincères, honnêtes, sans possibilité de retour.

Naturellement, les peines réclamées furent à l’avenant, puisqu’il fut requis plus de douze années de réclusions contre mon client.

Fort heureusement, dans ce genre de partie judiciaire, tous les acteurs ne sombrent pas dans la caricature et il faut reconnaître qu’en épilogue de cette affaire, j’eus le plaisir de découvrir que la Cour et le jury, eux, ne portaient pas un costume trop grand et avaient pris le dossier comme il se présentait.

Mon client hérita d’une peine  de 8 années de détention, dans la fourchette haute de ce que j’attendais, certes, mais respectant l’économie globale de cette affaire.

 

 

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