Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Le blog de Lee TAKHEDMIT

Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Affaire du jour

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 20 Mars 2009, 21:04pm

Catégories : #Pratique professionnelle

Depuis plusieurs mois maintenant, je me répète qu'il serait bon pour moi d'ouvrir un blog, qui me servirait d'exutoire, de "vide-sac", le soir, quand je rentre chez moi après une longue journée de travail.
C'est que je suis frustré quasi quotidiennement.
Je suis Avocat.
Et si cette profession me donne l'occasion très souvent de m'exprimer sur des sujets  intéressants, elle ne me permet pas toujours d'être réellement écouté.
Le temps de parole qui nous est alloué, tout d'abord, est souvent bref.
L'attention qui nous est portée, ensuite, est souvent très relative...
Aujourd'hui par exemple, j'assistais devant le Tribunal correctionnel M. T., poursuivi pour des violences volontaires avec usage d'une arme et dégradation grave de biens appartenant à autrui.
Tout un programme.
A l'annonce des faits reprochés à mon client, le Procureur a indiqué que tout cela était "inquiétant", que Monsieur T. ne prenait manifestement pas la mesure de ses actes et qu'il fallait donc qu'il soit condamné à une peine de 3 mois d'emprisonnement avec sursis, assorti d'une obligation de se soigner.
Pour ma part, je comprenais que M. T. ne mesure pas réellement la portée de ses actes ; M. T. est diagnostiqué "schizophrène disthymique". Son passé psychiatrique est aussi fourni que le casier judiciaire du chauffeur de taxi le plus célèbre de France.
L'expert psychiatre a dit qu'il était sous le coup d'une altération du discernement, ce qui implique qu'il est considéré comme responsable pénalement, mais que sa responsabilité est atténuée.
En fait de violences aggravées, M. T., à l'occasion d'une querelle entre voisin, a porté un "léger coup de perceuse" au collègue de palier, qui s'en est sorti avec une égratignure. Il a aussi commencé à attaquer son carillon et la serrure de sa porte d'entrée.
Voilà des faits hautement "inquiétants"!
J'ai tenté d'expliquer au juge que ce qui m'inquiétait, c'était surtout le fait qu'on impose à un malade mental de comparaître en audience publique devant un tribunal correctionnel et que l'on réclame trois mois d'emprisonnement contre lui, fût-ce avec sursis.
Une affaire aussi banale et sans importance aurait dû faire l'objet d'un traitement alternatif aux poursuites classiques, le cas de M. T. relevant à l'évidence plus d'un suivi médical que de poursuites pénales.
Mais l'on connaît trop bien l'état lamentable de la psychiatrie en France, à qui l'on supprime chaque année plus de lits et de lignes de crédits.
Mieux vaut sans doute laisser errer les malades mentaux, en attendant qu'ils commettent la moindre incartade pour les sanctionner à l'égal des autres. Le cas échéant, s'ils représentent une réelle menace, il suffira de les incarcérer plus ou moins longtemps. Ca coûte moins cher en personnel médical et la paix sociale est préservée...
M. T. a été reconnu coupable de l'ensemble des faits reprochés et condamné à deux mois d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans.
Mon intervention aura cette fois encore été sans effet, le juge ayant refusé d'accéder à ma demande de déclaration d'irresponsabilité pénale.
Je suis frustré.

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents