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Le blog de Lee TAKHEDMIT

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Blog de Maître Lee TAKHEDMIT, avocat pénaliste à POITIERS, NIORT, PARIS


Cour d’Assises : mieux défendre bien accompagné que seul

Publié par Lee TAKHEDMIT sur 7 Juillet 2013, 08:00am

Je dois vieillir ; l’année passée, trois de mes confrères m’ont fait l’honneur de me demander de plaider avec eux dans leur première affaire de Cour d’Assises.

C’est un honneur d’abord, une lourde charge ensuite, car il appartient au plus capé des deux conseils d’un client de s’assurer que tout se déroule bien et, alors qu’on s’imagine initialement pouvoir n’être là qu’en appui, on se retrouve bien souvent plus stressé que pour nos propres dossiers.

A l’usage, ces défenses conjointes me semblent d’excellents modes d’approche d’une affaire criminelle.

Il faut rappeler que la plupart du temps, nos clients encourent devant la Cour d’Assises une peine supérieure à 15 années de réclusion, il ne s’agit pas de se louper quand vient le temps de présenter la défense d’un accusé.

En dehors de ces cas spécifiques et rares dans lesquels un jeune confrère sollicite un plus expérimenté, il m’arrive personnellement très souvent de solliciter l’appui d’amis pénalistes quand un dossier me paraît complexe.

Je citerais par exemple Maître Alexandre NOVION, l’avocat pénaliste bordelais, grand amateur de littérature et rigolard, avec lequel nous avons plaidé quelques belles affaires de la dernière chance, en Cour d’Assises d’appel, pour quelques modestes succès et toujours avec beaucoup de plaisir.

Ou bien Maître Jean-François CHANGEUR, spécialiste en droit pénal d’ANGOULEME, fin plaideur, à l’humour caustique et excellent hôte.

Et quelle expérience que d’avoir plaidé sur le même banc que le doyen de notre Barreau, le Bâtonnier Jacques GRANDON, qui a prêté serment en 1948 et dont l’esprit, toujours parfaitement aiguisé, fait encore le régal des cours d’assises alors qu’il a dépassé les 86 printemps. J’ai amassé plus d’expérience en un dossier plaidé à ses côtés qu’en dix dossiers plaidés seul !

Au vrai, je ne vois que des avantages à ces défenses conjointes.

Tout d’abord, il s’agit de procès longs, qui demandent beaucoup d’énergie et parfois, on peut avoir un passage à vide ; mieux vaut alors pouvoir compter sur son coéquipier.

Ensuite, deux avocats voient le même dossier de deux manières différentes, on évitera ainsi parfois de passer à côté, dans ces affaires où on a la tête dans le guidon depuis 3 ans, et plus assez de lucidité pour comprendre qu’on fait fausse route.

Enfin, lorsque vient l’heure de plaider, quand on sait que le temps d’écoute attentive d’un avocat oscille autour de 45 minutes, il est intéressant de pouvoir disposer d’un réservoir de deux fois ce temps pour convaincre la Cour.

Deux plaidoiries, deux styles, probablement plus d’attention de la part des jurés et autant de chance sans doute d’emporter la conviction.

Et puis chez les pénalistes, la convivialité fait partie du patrimoine génétique ; quel plaisir, après une journée d’audience harassante, de s’attabler pour quelques agapes en refaisant le match.

L’avocat pénaliste est souvent dépeint comme égotiste, individualiste et solitaire, tirant la couverture sans partage.

Moi, je ne crains aucune concurrence, préférant plutôt la sympathie, la convivialité, la camaraderie, le partage des expériences et la confiance mutuelle, au service d’une défense la plus efficace possible.

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